
La créature de Kyongsong
Déjà vu 2 fois
Netflix
La VF existe.
Je n’aime pas trop les monstres.
Ni les zombies.
Ni le gore.
Et pourtant.
À l’origine, La Créature de Gyeongseong ne cochait aucune de mes cases habituelles.
Un drama historique, sombre, avec une créature née d’expérimentations humaines…
Rien de très engageant, sur le papier.
Et puis il y a eu ce hasard — ou ce prétexte ludique : deux dés.
L’un pour mes actrices préférées, l’autre pour mes acteurs préférés.
Un seul drama en commun.
La Créature de Gyeongseong.
Je l’ai donc regardé une nouvelle fois.
Et contre toute attente, c’est devenu l’un de mes dramas préférés.
Pas pour ses monstres.
Pas pour ses effets.
Mais pour ce qu’il raconte des humains.
Pitch
Séoul, 1945 — alors appelée Gyeongseong, sous l’occupation japonaise.
Dans une ville étouffée par la peur, les disparitions et des expérimentations humaines menées en secret,
Jang Tae-sang, riche prêteur sur gages pragmatique et opportuniste,
croise la route de Yoon Chae-ok, enquêtrice indépendante spécialisée dans la recherche de personnes disparues.
Leur enquête les conduit jusqu’à un hôpital militaire japonais,
où ils découvrent l’existence d’une créature née d’expériences biologiques —
incarnation monstrueuse des crimes de l’occupation.
Mais très vite, le drama opère un déplacement essentiel :
la véritable horreur ne réside pas dans la créature elle-même,
mais dans ce que les humains sont capables d’infliger
au nom du pouvoir, de la science… et soi-disant de la survie.
Pris dans l’urgence, la violence et les choix impossibles,
les personnages nous confrontent à deux questions fondamentales :
Qui est réellement le monstre ?
Qu’aurais-je fait à leur place ?
Une œuvre où l’Histoire prime sur le fantastique
Le fantastique, ici, n’écrase jamais l’Histoire avec un grand H.
Il la révèle.
La Créature de Gyeongseong évoque clairement les expérimentations humaines de l’Unité 731, menées en Mandchourie — un passé sombre, rarement abordé frontalement dans la fiction.
Même certains éléments symboliques interrogent :
le décompte qui limite les recherches jusqu’à la chute des fleurs de cerisier est-il une simple idée poétique,
ou une référence plus sombre à l’Operation Cherry Blossoms at Night, projet d’attaque biologique prévu en 1945 et finalement abandonné ?
Le drama utilise la fiction non pour masquer l’Histoire, mais pour la rendre supportable… et lisible.
Réalisation et scénario : un équilibre rare
🎥 Réalisation — Jeon Dong-yoon
Ancien assistant réalisateur, Jeon Dong-yoon s’affirme ici pleinement.
La mise en scène est plus mature, plus sombre, plus maîtrisée.
Le cadre, le rythme et la direction d’acteurs servent un propos où
la tension morale et le poids de l’Histoire priment sur le spectaculaire.
✍️ Scénario — Kang Eun-kyung
Autrice connue notamment pour Dr. Romantic,
elle livre ici un scénario tendu et subtil,
tissant Histoire, fantastique et enjeux humains
dans une immense tapisserie narrative.
Le fantastique n’est jamais gratuit :
il éclaire, révèle, dérange.
🔄 Un duo créatif efficace
Un regard masculin et un regard féminin qui se croisent.
Male gaze tempéré par une écriture de femme ?
Female gaze mis en scène par un homme ?
Peu importe l’étiquette.
Ce qui compte, c’est le résultat :
une vision plus juste, plus saine,
de cette période historique et des relations humaines qu’elle dissèque.
Les acteur.ice.s : des rôles exigeants, incarnés
Han So-hee — Yoon Chae-ok
Je l’ai découverte dans Nevertheless, puis My Name.
Une actrice comme je les aime.
Son regard est souvent qualifié de « farouche ».
Mot paresseux. Mauvais diagnostic.
Ce n’est pas un regard farouche :
c’est un regard libre.
Avec Yoon Chae-ok, Han So-hee incarne une justice taillée au scalpel :
une femme dure, meurtrie, affûtée par la survie,
mais traversée par une humanité douloureuse.
Ses scènes de combat sont nettes, crédibles, sans chorégraphie décorative :
du corps-à-corps tendu,
le combat d’une femme qui a appris à survivre — pas à faire joli.
Wi Ha-jun — un potentiel sous-exploité
Acteur précis, nerveux, nuancé.
Ici, son personnage reste bridé par l’écriture.
Ce n’est pas un problème de jeu,
mais d’exploitation narrative.
Le potentiel est là, palpable, mais rarement exploré —
ce qui rend le rôle frustrant, malgré l’engagement évident de l’acteur et la justesse de son jeu.
Contexte historique : Corée, 1945
De 1910 à 1945, la Corée est une colonie de l’Empire du Japon.
Privée de souveraineté, exploitée économiquement, réprimée politiquement.
La fin de l’occupation ne marque pas une véritable libération :
le pays est aussitôt divisé entre zones d’influence soviétique et américaine,
préparant la guerre de Corée et une fracture durable.
La Créature de Gyeongseong se situe à la toute fin du système colonial :
un système à l’agonie,
où la violence devient extrême
et où la science bascule dans la barbarie.
Ce que le drama dit de nous
Ce drama dénonce l’arrogance humaine —
et, fait rare, pas seulement celle des hommes.
Avec Lady Maeda, l’arrogance prend un visage froid, idéologique, maîtrisé.
On ne nous parle pas de genre, mais bien d’humains.
Et puis il y a Jun Taek, le cœur moral du récit.
Que ferions-nous à sa place ?
Livrer nos camarades…
ou finir disséqués vivants ?
La question n’est pas de juger.
Mais de se demander, honnêtement :
aurions-nous été meilleurs ?
Conclusion
La Créature de Gyeongseong mérite d’être vue
pour la justesse de sa reconstitution historique,
pour ce qu’elle révèle du passé coréen,
pour le jeu habité de ses acteur·ices,
pour son scénario tendu et addictif,
et pour une musique qui porte le récit bien au-delà de l’écran.
Se souvenir, c’est important.
기억하는 건 중요해요.
Le retour de Kim Nam-gil est un pur bonheur. Il incarne un personnage intense et charismatique, comme à son habitude. J’ai également pris plaisir à retrouver Lee Ho-jung, dont le rôle de tueuse à gages contraste totalement avec celui dans Nevertheless.
Les femmes occupent une place de choix dans ce récit. Elles sont fortes, indépendantes et actives dans la résistance, ce qui enrichit l’histoire et brise certains stéréotypes du genre.
La bande originale est magnifique, ajoutant une mélancolie poignante et une sensation d’injustice omniprésente. Les scènes de combat sont d’une fluidité et d’une brutalité impressionnantes.
Deux personnages apportent une touche d’humour, notamment Choi Chung-soo (Yoo Jae-myung), qui arbore une jaquette rappelant celle des scouts indiens et se bat avec une hache. Son apparence et son attitude décalée sont un ajout rafraîchissant à l’histoire.
J’attends la suite avec grande impatience. Pour moi, ce drama est bien plus captivant et enthousiasmant que Squid Game, grâce à sa profondeur historique et émotionnelle. Une pépite à ne pas manquer !
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https://youtu.be/UG-QHrWCs4U