
Le budget d’une série française oscille entre 600 000 et 1 000 000 € par épisode.
Celui d’une série sud-coréenne varient entre 70 000 et 170 000 dollars. Nombre en évolution avec l’augmentation de la popularité mondiale du K-Drama.
Les productions américaines ont une fourchette plus ample : entre 3 000 000 $ et 10 000 000 $ par épisode.
Les festivals de la série en France ont des budgets qui vont de 20M€ pour Canne à 3-5M€ pour La Rochelle.
Pour Série-Mania, on peut estimer à la louche 5-8M€.
Et moi, touriste de la série, « conceptrice et scénariste » de séries… Sans aucun moyen, aucune connaissance, aucune relations… Mon budget pour réseauter, me faire des contacts, me présenter… peut-être… Grosso-modo, en comptant le train, le camping, la nourriture et le petit pass Série-Mania… Ça fait 300€ et ça me mine. Ah non ! Pardon : il faut ajouter les 100€ dépensés à acheter un vélo d’occas pour aller du camping à la gare de Bayeul, puis le train pour Lille, aller retour chaque jour pendant une semaine. 300€, c’est ce qu’avec mon homme on paierait pour une virée en voiture dans les hautes alpes pour voler, randonner, viaferrater… pendant au moins 10 jours.
Alors, forcément : question.
Est-ce que ça vaut le coup ? Est-ce que je n’aurais pas dû déclarer forfait depuis longtemps ?
60 ans que je m’invente des histoires pour m’endormir. 45 ans que je noircis des cahiers de contes et de nouvelles… pour mes élèves… et des futurs lecteurs imaginaires. 40 ans que je peaufine des illustrations et des jeux interactifs pour mes contes fétiches, ‘l’oiseau d’or’ et ‘le jugement des flots’ que je teste avec mes élèves. 25 ans que j’ai élaboré mon « Lore », le monde où j’ai installé tous mes projets de scénarios. (déjà 6 en perspective).
Et enfin, 3 ans que je travaille sur cette histoire racontée un matin à mes amies-sœurs pendant 3 heures. J’y travaille parce qu’elles m’ont convaincue que c’était intéressant. Alors, sans rien y connaître, j’ai commencé à écrire. Et puis j’ai investi dans un site… que je gère moi-même avec mon absence totale d’expérience. (Merci au passage à mon fils et mes ami.es qui me guident.)
J’ai partagé mes brouillons avec mes amis et les amis de mes amis. Même mon fils m’a lue. Ce qu’il a découvert sur mes idées a donné lieu à de grandes discussions passionnantes.
Il y a 1 an à peu près ; j’ai découvert ChatGPT ! Une révolution ! Mon travail a accéléré, mes documentations se sont faites plus précises. J’apprends au fur et à mesure les arcanes de l’écriture de scénario. Je me suis acheté des livres sur « comment écrire un scénario en 10 leçons » (merci les auteurs auteures.) Je viens de finir ma « bible » (dossier de présentation pour présenter à d’éventuels producteurs), je l’ai déposée à la SACD ! J’ai un numéro de dépôt les filles ! C’est juste magique d’être arrivée jusque là ! Mon premier épisode est presque bouclé. Il me reste à l’alléger et le remettre en forme. Il me reste seulement 3 petits épisodes d’une heure à écrire (plus le hors-série qui évoque les conditions des immigrés clandestins de Calais).
J’ai refait ma couleur (les cheveux bleus me donnent le courage que je n’ai pas vraiment). Une amie m’a maquillée (je suis franchement infoutue de le faire) pour que je fasse faire mon portrait pour mes CV.
Et maintenant, avant d’envoyer enfin mon mail de présentation à des producteurs (mail qui est prêt d’ailleurs), je veux voir comment ça se passe dans le monde du cinéma, de la série. Parce que ce n’est pas le même monde que le mien celui qui dépense des millions d’euros pour 1 épisode de série française.
J’ai même acheté un pass coupe file pour le festival le pass « festival-PRO » ! PRO ! Vous vous rendez compte ?
Et j’ai acheté 4 livres de Lola Lafon, une écrivaine de talent que j’ai découvert avec un immense plaisir et un grand soulagement : il y a des gens qui pensent comme moi et qui osent le dire… Mais je reparlerai d’elle.
J’ai préparé des questions pour les différents intervenants que je vais voir… Je ne veux pas perdre une seule occasion d’apprendre. D’où l’achat bienheureux de ces livres.
Et à la veille du départ, je me pose des questions :
Et si je n’avais pas fait les choses correctement ? Si j’avais dû faire la queue dans la file d’attente virtuelle pour prendre des billets ? Si je n’avais pas accès aux ateliers et conférences que je me suis programmée avec l’aide de GPT ? Si celui qui me vend le vélo n’est pas à la gare de Bayeul comme promis ? S’il pleut des cordes pendant mon séjour ? Et si je ne fais aucune rencontre qui fera avancer mon projet ?
Je suis une pauvre vielle femme pleine de rêves qui veut entrer dans un monde de lumières, un monde qui me semble fermé, inaccessible.
En plus, je n’ai pas envie d’entrer dans ce monde : je veux juste partager l’histoire de mes héros. Ils ont pris vie dans ma tête, dans mon monde. Ils me parlent, ils demandent, ils exigent des fois : « amène-nous à la lumière puisque tu nous as éveillés! »
Alors, demain, je pars. Comme je suis partie en novembre pour un stage d’immersion cascades au CUC du Cateau Cambrésis, en passant par la baie des Trépassés.
Est-ce que ça a fait avancer mon projet ? Oui : j’ai rencontré des jeunes gens formidables. J’ai adoré partager ces moments (très difficiles pour moi vu mon état physique de vieille un peu sédentaire) de faux combats et de chutes. Et j’ai rencontré des gens extraordinaires de simplicité et de sympathie à la Baie des Trépassés. Ils sont dans mon scénario. Ils le savent.
Je pars demain avec des doutes plein la tête.
J’essaie de ne pas trop rêver. Pourtant, (hadjiman en coréen, nevertheless en anglais… un k-drama à voir sur Fletnix.)
Pourtant le projet a progressé : j’ai une bible de 25 pages, elle vaut ce qu’elle vaut , mais le sujet est là… Et j’y tiens. J’ai déposé mon projet, j’ai fait des rencontres enrichissantes dans le milieu des aspirants cascadeurs et des acteurs actrices pleins de courage et d’ambition.
Alors, même si ça ne va pas plus loin que Série-Mania… Ben j’aurai au moins fait de belles rencontres.
Mais pour la première fois de ma vie, je sens une force qui me pousse, me soutient, me porte, une force qui me dit de ne pas baisser les bras, d’avancer doucement, comme sur ces putains de ponts de singe de vias ferrates qui me font mourir de peur. ‘Step by Step’ comme dit ma petite sœur si positive avec qui on a partagé quelques expéditions sous terre et sur l’Ardèche…
Est-ce que mes idées, est-ce que mes histoires, est-ce que mon premier F-Drama valent le coup que je m’y consacre autant, sacrifiant les vols, les randonnées, les voyages qu’on aurait pu faire avec mon homme ? Sacrifiant aussi, cette année, les bons moments que j’aurais pu passer avec la famille et les amies, les amis ?
Demain, je partirai après une nuit blanche… Pourtant remplie de rêves et de possibles. Et peut-être qu’une réponse commencera à se dessiner...